Atelier de réalisation de portraits documentaires à Maurepas avec l’association Comptoir du Doc

Du 15 au 26 juin, dans le cadre des Rencontre Documentaires DES HISTOIRES, l’association rennaise Comptoir du Doc a proposé un stage de cinéma documentaire ouvert aux jeunes de 16 à 30 ans. Le projet organisé, en lien avec le LAP (Laboratoire Artistique et Populaire) de l’association Keur Eskemm implantée à Maurepas, a bénéficié du soutien de Passeurs d’Images.

Nous avons assisté à une des journées de cet atelier, consacrée aux premiers dérushage. L’atelier a lieu dans la tour 7 du boulevard Emmanuel Mounier dans le quartier de Maurepas. Le quartier est en cours de réhabilitation, l’arrivée de la seconde ligne du métro rennais est prévue au printemps 2021. La tour est maintenant quasiment vide, la plupart de ses habitant*es déjà été relogé*es. Le groupe, constitué de 12 jeunes de 16 à 28 ans, occupe un appartement prêté par la Ville de Rennes à l’association Keur Eskemm. Il y a des post-it et des plans de tournage sur les murs, des tasses de café sur les bureaux, différents groupes occupent les pièces de l’appartement et travaillent sur un premier montage de leur projet.

Un report salutaire

Initialement, le projet devait avoir lieu en mai, en amont des Rencontres documentaires « Des Histoires » du 18 au 22 mai, pour lesquelles les jeunes devaient également être impliqués au niveau de l’organisation, l’accueil, la présentation des films. Le report du à la crise sanitaire a permis, par un hasard finalement heureux, d’organiser le stage au moment des déménagements. Les jeunes, encadrés par les réalisateurs Sarah Balounaïck et Maxime Moriceau, ont donc pu saisir des moments précieux de transition vers l’ailleurs : les départs au compte-gouttes, les mises en carton, le chargement des camions, les aller-retours des déménageurs… capter les ressentis des habitants au moment de leur départ, les appartements qui se vident peu à peu, à l’aube de la mutation du quartier.

La tour d’en face, déjà en cours de rénovation. Le bruit des travaux est assourdissant. Richard, un jeune photographe habitant l’immeuble et figurant dans le documentaire compare l’immeuble à des « cages à lapins ».

Une fenêtre, une histoire

Par leur présence régulière dans l’immeuble ou au bas de la tour pour des piques niques au soleil, grâce aussi à l’aide des contacts proposés par Archipel Habitat, le groupe est parvenu à rencontrer et cibler les futurs personnages du film. Les projets de rénovation urbaine représentent des projets complexes, sensibles ; ils impliquent de nombreux partenaires et touchent surtout à une mémoire collective, constituée de multiples voix et points de vue. Certains voient avec plaisir le quartier de Maurepas évoluer, d’autres craignent que l’arrivée prochaine du métro ne provoque un processus de gentrification. C’est cette multiplicité de points de vue que le choix des personnages tentera de restituer. On a de fait un peu l’impression d’être plongé pour de vrai dans un roman de Georges Perec, où chaque fenêtre raconterait une histoire différente.

Construire un film, construire un point de vue

La convivialité est un élément important de l’atelier. Laëtitia, réalisatrice chargée de la coordination de ce projet pour Comptoir du Doc, a préparé une salade avec les légumes du marché. Après un fameux pique nique au soleil au pied de la tour, nous avons la chance d’assister à la première séance de visionnage collectif des rushes. Avec bienveillance et précision, les encadrants commentent ces premières images et nous voyons se dessiner peu à peu un film collectif, composé de plusieurs portraits, où transparaissent tour à tour poésie, humour et tendresse.

Pascal, un habitant du quartier qui s’est formé au sténopé lors de précédents ateliers, vient saisir quelques moments du pique nique.

Le premier film présente des choix formels déjà assez appuyés ; la présence des bruits de chantiers sur la bande son, un plan étouffant dans un ascenseur qui s’ouvre sur une fenêtre grillagée contribuent à exprimer le point de vue négatif du premier personnage sur la cité, qu’il décrit comme une véritable cage à lapins. Sarah Balounaïck suggère des aménagements à faire sur la bande son, fait des propositions de plans pour soutenir la construction générale du film, déjà bien en place. Les jeunes expliquent leurs choix, racontent les difficultés et aléas rencontrés au tournage. Ils évoquent des films ou des extraits visionnés en amont du projet, qui les aident à construire et étayer leur démarche. Un autre film, à l’inverse, choisit un personnage qui livre un regard très positif sur le quartier. Il s’agit d’une vieille dame. Les scènes proposées sont à la fois tendres et burlesques. Le montage alterne entre des plans dans son appartement vidé et des scènes au pied du camion de déménagement. La mamie cherche une vis et morigène Sébastien le déménageur tout en menant une grande conversation au téléphone. Le montage choisi fait de cette mamie un personnage à la Tati, et le groupe se questionne alors sur les choix de montage et la distance qu’il conviendrait de respecter entre les filmeurs / filmeuses et la filmée. Les jeunes argumentent : « On a choisi un montage très découpée car elle est elle-même très découpée. Le fil conducteur, c’est son meuble ». Sarah Balounaïck prône pour sa part un montage plus discret, qui s’efface au profit des personnages. L’échange relève d’une construction collective ; le groupe a été suffisamment préparé et accompagné pour être autonome sur la technique et le processus de fabrication, les encadrants conseillent sans imposer et l’atelier prend ici une forme que l’on pourrait qualifier de création partagée.

« Il faudrait une morale à la fin »

C’est passionnant d’assister à ce moment collectif où le film se construit et se discute, en toute bienveillance. Les différents portraits s’agencent et se répondent peu à peu entre eux… Le groupe se questionne sur la fin du film, son équilibre ; quelqu’un suggère une construction sur le mode « Il était une fois », comme un conte qui accompagnerait les personnages du film. Arthur suggère qu’’il faudrait une morale à la fin, un truc où tu comprends le début … comme Pulp Fiction ».

Les rencontres Des Histoires à Rennes, c’est en septembre!

Pour découvrir le film terminé, il faudra revenir pour les Rencontres Documentaires «DES HISTOIRES», du 9 au 12 septembre 2020. Les jeunes auront l’occasion d’y présenter leur film, de rencontrer d’autres réalisateurs, et de participer à l’organisation du festival, comme cela était initialement prévu. On a hâte !

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