Après le développement grand public des outils de production d’images, via les caméscopes puis téléphones et pocket caméras, arrivent maintenant les outils grand public de projection. Ceux-ci vont-ils modifier les enjeux de l’éducation à l’image ?

L’UFFEJ Bretagne, coordinateur régional de Passeurs d’images, avait convié Benoît Labourdette pour présenter et expérimenter un atelier de cinéma portatif lors du regroupement régional Passeurs d’images du 28 juin 2013 à Mellionnec. Les Rencontres Documentaires y sont organisées par Ty Films pour les tout premiers jours de beau temps et offrent un cadre à la fois riche et convivial, sur la plage ou sous les parasols, en plein Centre Bretagne, pour échanger des idées, des pratiques, voir des films et rencontrer tout un tas de monde.

Le cinéma portatif c’est quoi ?

Un peu de technologie… Après les caméras de poche, voici les vidéoprojecteurs de poche, aussi appelés picoprojecteurs. L’avancée des technologies nous permet aujourd’hui de vidéoprojeter avec du matériel portatif et sans fil. Et donc de projeter de l’image et du son quand et où bon nous semble. On peut penser qu’à terme les picoprojecteurs seront intégrés dans la plupart des équipements tels les lecteurs multimédia, les téléphones et les ordinateurs portables. Mais pour en faire quoi ? C’est là toute la surprise que contiennent en germe les inventions techniques : vont-elles servir à ce pour quoi elles étaient destinées ? Comment les gens vont-ils s’en emparer ? Il nous suffit de penser à ce que sont devenus le cinéma, internet, et aux bouleversements culturels et sociaux que ces inventions ont amenés.

Et les contenus ? Bien entendu le but n’était pas de s’esbaudir toute la journée devant des gadgets technologiques, bien que certains d’entre nous n’aient pas caché leur plaisir à expérimenter moult surfaces. Vif débat donc à Mellionnec sur le type de films : comment et où trouver des films très courts ? Comment s’acquitter des droits ? À quoi bon projeter ailleurs que dans une salle, avec une qualité d’image et de son et un confort forcément moindres – même si les capacités de ces picoprojecteurs sont assez étonnantes ? Le groupe a donc réfléchi, débattu (beaucoup) sur ce qu’on peut inventer dans le domaine de l’éducation à l’image avec cet outil.

Un nouvel outil d’éducation à l’image

Le cinéma portatif peut permettre des formes événementielles et déambulatoires du cinéma, des parcours urbains (ou ruraux?) vivants et générateurs à la fois de surprises, de rencontres et de liens sociaux. Il faut à ce sujet consulter le site de Benoît Labourdette qui relate une expérience de parcours urbain nocturne à Avignon : « Un parcours, la nuit, à la découverte de films projetés sur les murs, les portes, le sol, les bas-reliefs, les fenêtres… dans les rues d’Avignon. Les films, tournés avec téléphone portable, caméra de poche ou appareil photo, sont sélectionnés par Benoît Labourdette en adéquation avec la ville, son ambiance, les lieux et supports de projection, engageant une véritable réflexion scénographique et une réappropriation de l’espace urbain. Ce parcours ludique, constellé de projections éphémères, est l’occasion de vivre une expérience rare : découvrir une sélection de films entrant en résonance avec les lieux et surfaces sur lesquels ils sont projetés, vivre une expérience collective de cinéma en extérieur, ressentir l’ambiance de la ville et se créer une atmosphère, créer des relations œuvres-spectateurs-contextes inédites… »1 .

Il peut aussi être l’outil d’ateliers lors desquels un groupe de participants organise des projections et choisit les films, les lieux, et mobilise un public. La forme de l’atelier de programmation est connue : il s’agit d’amener les participants à visionner un corpus de films, ce sont ensuite les éclairages mutuels entre les films, les mises en perspective, les échanges, qui font avancer les regards et les choix.
Dans le cas de l’atelier de cinéma portatif, le fait de prendre en main collectivement l’organisation d’une projection provoque un investissement très différent, mettant le partage et la transmission au cœur de la démarche. L’émotion était palpable à Mellionnec où nous avions choisi des projections sous forme de happening parmi les festivaliers du soir. Chaque séance était comme une entrée en scène qui engageait physiquement celui qui tenait à la main le picoprojecteur, ainsi que tous ceux qui avaient co-élaboré la projection. La démarche d’atelier de cinéma portatif reconnaît à chacun la légitimité de montrer des images, rend collectif et public ce qui se pratique en individuel : « L’enjeu de l’éducation à l’image n’est plus seulement d’éclairer les images mais aussi d’éclairer les pratiques de production et de diffusion quotidienne des gens » (Benoît Labourdette).

Gageons que l’atelier de cinéma portatif fasse partie des outils qui nous permettent de remettre un peu d’éducation populaire au centre des démarches d’éducation à l’image.
Nous avons pu constater à quel point le picoprojecteur réveille l’imagination, semble provoquer  l’envie d’expérimenter de nouvelles voies. En vrac, ont été lancées de nombreuses idées : réinventer le feuilleton, inventer une chasse au trésor cinématographique, mettre en place des ateliers pour créer des contenus adaptés à ce type de projection, faire de l’analyse filmique outdoor, faire des films qui naissent des lieux… Affaire à suivre !

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